Sortie imminente de Sphynx

Sphynx, jeu de rôle d’archéologie fantastique sort à la fin du mois de septembre !

A cette occasion, je présenterai Sphynx à la librarie parisienne Charybde le 30 septembre à partir de 19h30.

De même, je serai présent au stand des Ateliers Imaginaires pour la convention lyonnaise OctoGônes les 2-3-4 octobre. J’y animerai des parties de présentation de Sphynx (malheureusement déjà toutes complètes au moment où j’écris) et j’y dédicacerai des exemplaires.

C’est l’occasion de se rencontrer et de discuter ensemble, venez en profiter !

Mettre le Vide fertile au service des créateurs

Ma contribution au colloque « Les 40 ans du jdr » est disponible en audio sur cette page, accompagné de son PowerPoint. Il s’agit d’une conférence sur le thème « Mettre le Vide fertile au service des créateurs », un thème qui me semble essentiel pour ouvrir de nouvelles voies dans la création de jeux de rôle. Merci à Julien pour la prise de son et la mise en ligne !

Prosopopée en PDF

A partir d’aujourd’hui, Frédéric Sintes propose son jeu zen et onirique Prosopopée en PDF contre don. Cela signifie concrètement que c’est vous qui choisissez le prix que vous souhaitez donner en échange du PDF. Frédéric s’attaque ainsi avec audace à un mode de rémunération peu courant pour les auteurs de jeu de rôle en francophonie mais déjà beaucoup exploré par des indépendants anglophones comme Ben Lehman (auteur de Polaris et de Bliss Stage).

A cette occasion, je vous propose de relire l’éloge que j’avais écrit à l’occasion de la sortie de ce jeu envoûtant.

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La publication de Prosopopée est un événement pour le monde du jeu de rôle francophone à plus d’un titre.

Tout d’abord parce qu’il s’agit du premier jeu de rôle à ma connaissance, qui propose de s’intéresser d’aussi près à l’esthétique d’un univers – mieux encore, à la construire et à l’explorer ensemble, sans avoir à faire appel à un univers pré-créé en détail. Aucun jeu de rôle ne propose des parties où l’on peut ainsi contempler ce qu’on a créé.
Cette objectif ludique est soutenu par des règles permettant de manifester en douceur son admiration pour les créations des autres joueurs, ainsi que par un univers brumeux de légende, sans noms propres, à la manière de celui de Mushishi qui en est une inspiration. Dans Prosopopée, les animaux et les objets peuvent parler, la lumière et la beauté peuvent être touchées et sculptées et l’obscurité et la mort prennent des couleurs et des apparences inattendues.

Par ailleurs, Prosopopée relève avec brio le défi de proposer des aventures de personnages altruistes et non-violents, abordant en toile de fond des thématiques écologiques. Les personnages vont de village en village pour aider leurs habitants à résoudre les déséquilibres avec la nature qu’ils ont créé. Ils ne cherchent ni l’enrichissement, ni le pouvoir personnel, ni à tuer des monstres. Ils ne veulent que rétablir l’harmonie dans le monde. Et cela produit des histoires magnifiques, prenantes et intenses !

Enfin, Prosopopée est le premier jeu de rôle de Frédéric Sintès, auteur indépendant, que j’ai eu la chance de rencontrer après avoir été attiré par la qualité de son travail. C’est le début d’une longue série de jeux qui renversent les canons du jeu de rôle francophone actuel et s’attaquent à des thèmes pour le moment encore trop ignorés : émotions et vie intérieure des personnages, beauté, choix moraux profonds…

Petit format, illustrations soignées, pas cher et très rapide à mettre en place (aucune préparation et surtout pas de scénario), Prosopopée a tout pour plaire.

Allez lire ces rapports de partie pour vous faire une idée plus précise du jeu et de ses possibilités.

Jouez à Prosopopée, vos parties deviendront magnifiques.

Jeu de rôle et poésie: Sens Néant

A l’occasion de la sortie de Sens Néant de Romaric Briand, je voudrais vous parler de ce troisième opus de l’hexalogie Sens (que je connais depuis juin 2010 et dont j’ai été relecteur) et de ce qu’il apporte au jeu de rôle. Je précise tout de suite qu’il n’est pas nécessaire, selon moi, de s’intéresser au reste de l’hexalogie pour profiter de Sens Néant (il suffit de sauter la lecture de l’introduction et de la conclusion du livre).
Sens Néant introduit une puissante poésie dans et par le jeu. Il explore ainsi un potentiel du jeu de rôle peu exploré: la beauté.

Les sétantras

Sens Néant vous propose de jouer des « sétantras », des créatures dont la particularité essentielle, qui les rend réellement non-humains et intéressants pour le jeu de rôle, est de ne pas avoir les mêmes sensations que les êtres humains. Un sens en particulier est intéressant: le mentis, qui permet de percevoir les sentiments des autres mais également d’exprimer les siens. Cela est rendu possible par la répartition des sentiments entre six éléments symboliques: le Feu, l’Eau, l’Air, la Terre, la Lumière et l’Ombre, chacun associé à un ensemble de sentiments cohérents:

  • Le Feu symbolise l’ardeur, la passion, la colère…
  • L’Eau symbolise le plaisir, la sagesse, la justice…
  • La Terre symbolise la loyauté, l’énergie vitale, le pragmatisme…
  • L’Air symbolise le besoin de liberté, l’insouciance, l’ennui…
  • La Lumière symbolise la volonté de savoir, la certitude, l’émerveillement…
  • L’Ombre symbolise le doute, l’anxiété, l’onirisme…

La communication des sétantras repose donc sur l’échange permanent de leurs sentiments sur telle ou telle situation, sur eux-mêmes, sur leurs relations… en émettant différentes combinaisons de ces éléments. Lancer une boule de feu à un autre (Air+Feu) permet de sousentendre une colère passionnée mais sans fondement envers un autre. Se faire dégouliner d’eau des profondeurs (Eau+Ombre) suggère un désespoir profond et solide. Une bruine d’eau tiède jetée sur un autre (Eau + Air + Feu) peut signifier le désir doux mais intense envers l’autre, et ainsi de suite.

Ajoutons à cela que Myriade, le monde des sétantras, est entièrement composé de ces six éléments. Chaque chose, chaque animal, chaque être fabuleux, l’Océan et les montagnes mêmes, sont composés de combinaisons de ces six éléments. Les êtres les plus complexes (dragons, phénix, ombres vivantes…) en totalisent un plus grand nombre, les êtres plus simples (arbres, mousses, vagues…) en ont moins.

Les innovations de Sens Néant pour le jeu de rôle

Le premier apport de Sens Néant est de créer entre les joueurs un langage exprimant directement les sentiments de leurs personnages. La combinaison d’éléments apporte une gamme vaste et subtile de nuances de sentiments qui nous plongent intégralement dans leurs relations et leurs émotions.
Ce langage par les symboles s’instaure aisément entre les joueurs. A force d’échange, le sens de chaque combinaison d’élément devient évident et les joueurs peuvent ainsi exprimer sans difficulté les émotions de leurs personnages: une expérience ludique puissante et prenante.
C’est un langage proprement poétique puisqu’il permet non pas de « dénoter », c’est-à-dire de décrire le monde comme il est, mais de « connoter », c’est-à-dire de décrire le monde comme on le sent et on le perçoit, ce qui est une des fonctions de la poésie et qui nous amène dans une expérience ludique sans précédent.

Le second apport de Sens Néant est l’immense espace de créativité qu’il ouvre. Ces six éléments fondamentaux permettent de jouer un vaste éventail de personnages, inspirés des objets (j’ai joué ainsi un arbre fertile et sage ainsi qu’une source d’eau des profondeurs), des être fabuleux (un feu follet, un dragon…) et même des concepts (jouer le crépuscule ou la fascination).
Cette créativité est renforcé par l’animisme fondamental du monde. Parce qu’ils sont composés des six éléments, chaque être, chaque animal, chaque végétal, chaque objet peut parler et échanger des sentiments, aussi petit ou grand soit-il. Un désert, un menhir, un orage peuvent communiquer avec vous et sont teintés des sentiments qui les composent. Un torrent (Eau + Terre + Lumière) est heureux et fait preuve d’une certaine sagesse tranquille; un sous-bois ombragé (Terre + Lumière + Ombre) est sans doute un érudit hésitant; une salamandre (Eau + Feu + Terre + Ombre) est habitée par une passion puissante, mais aussi par des émotions plus complexes, dont une certaine tristesse.
La complexité de l’univers ne fait que renforcer cette beauté intense: enjeux politiques, histoire vaste, personnages hauts en couleur… Un mal étrange appelé l’Acide détruit petit à petit ce monde en propageant l’indifférence et c’est aux personnages d’en découvrir et d’en comprendre la source au milieu des nombreux conflits entre les six écoles de foi qui vénèrent chacune un élément. Il y a de quoi jouer longtemps sans effort et les révélations sur l’univers sont magnifiques et bouleversantes, connectant peu à peu Myriade avec la science-fiction.

Sens Néant est donc pour moi une référence, un jeu de rôle proprement poétique, mêlant beauté et subjectivité, permettant l’expression de ses émotions grâce à une palette magnifique de couleurs, dont le seul égal est Prosopopée de Frédéric Sintes. C’est la seule oeuvre à ma connaissance ayant réussi à allier aussi incroyablement poésie, fantasy et science-fiction. Personne ne s’intéressant au jeu de rôle ou à la poésie ne devrait sousestimer Sens Néant.

Pour acheter le jeu

La fiche du GRoG

Le podcast de la Cellule où vont bientôt débouler plusieurs podcasts sur Sens Néant

Mémoire sur le jeu de rôle

Nicolas Doduik, de l’ENS Cachan, a écrit un mémoire de sociologie sur le jeu de rôle, que vous trouverez en suivant ce lien. Il y parle notamment de jeu de rôle indépendant, de The Forge, etc. C’est toujours plaisant de voir que notre loisir – y compris dans ses formes les plus innovantes – attire l’attention de la recherche académique !

Monostatos publié !

Et voilà, après quatre ans de travail, de réflexions, d’échanges et de doute, Monostatos est enfin publié !

J’avoue que c’est un bel aboutissement d’arriver au bout de mon premier jeu de rôle, surtout après y avoir mis autant d’énergie et d’éléments personnels. Je suis en ce moment un peu dans une zone de flottement, je commence le travail de communication et de présentation du jeu, mais je n’ai pas encore repris les rênes de mon travail. Mes prochains projets à court terme sont de parler de mon expérience sur silentdrift, afin de transmettre les compétences et de montrer que ce n’est pas si difficile. J’ai déjà commencé à travailler sur d’autres projets de jeux de rôle, j’en parlerai au fur et à mesure dans la rubrique Banc d’Essai de silentdrift.

Vous trouverez plus d’informations sur le jeu sur la page qui lui est dédiée.

Commandez Monostatos sur cette page !

Comment le jeu de rôle a changé ma vie

A la suggestion d’Alias, et dans le but de briser de nombreux préjugés, voici mon éloge personnelle du jeu de rôle.

Je pratique le jeu de rôle depuis 1999 environ, parfois avec des années de creux, parfois avec des années d’intense activité, mais je n’ai jamais lâché ce loisir. Depuis 4 ans, c’est à nouveau une période intense. J’y joue régulièrement, toutes les deux semaines, plus ou moins. Je retrouve des amis une après-midi ou un soir, chez moi, chez eux ou dans un club. On s’asseoit autour d’une table avec quelques dés, des feuilles de papier et des crayons et, à l’aide des règles d’un jeu choisi ensemble, on crée ensemble pendant plusieurs heures une histoire. Une histoire qui peut être tragique, humoristique, d’aventure, ou encore profonde et psychologique, et sur de nombreux thèmes différents, selon le jeu choisi.
J’ai même poussé ma passion jusqu’à me mettre à écrire mon propre jeu de rôle, avec ses règles et son univers propre, Monostatos, qui propose de créer et de raconter des histoires de héros cherchant à conquérir leur liberté. J’y travaille depuis bientôt 4 ans et je compte le publier moi-même prochainement. Je suis également organisateur et animateur de l’Atelier du Jeu de Rôle, qui vise à faire découvrir les jeux de rôle les plus innovants sortis ces dernières années. Enfin, je participe à un forum de réflexion sur le jeu de rôle, silentdrift.
Pour conclure cette présentation, précisons que j’ai 27 ans, que je suis en thèse en sciences humaines et que je suis en couple depuis plus de cinq ans.

De tous les loisirs, sports et divertissements auxquels j’ai pu m’intéresser, le jeu de rôle est le seul auquel j’ai toujours tenu, non seulement parce que j’en suis passionné, mais aussi parce que c’est un loisir exceptionnel à de nombreux égards qui m’a beaucoup apporté personnellement.

Tout d’abord, le jeu de rôle m’a poussé à m’intéresser à de nombreux sujets et a renforcé ma culture générale. Au cours des parties et des rencontres, je me suis intéressé à l’histoire de l’unification du Japon au 16ème/17ème siècle, à la philosophie analytique (Sens de Romaric Briand), aux théories psychologiques et notamment l’analyse transactionnelle (Les Cordes Sensibles de Frédéric Sintès) et j’ai parcouru de nombreux autres sujets. Pour mon propre travail d’auteur de jeu, je me suis intéressé à des questions de linguistiques (la structure du langage poétique), à des questions de psychologie sociale (La dynamique des groupes restreints de Anzieu et Martin, et les types de leadership) et à des questions de mythologie et de construction d’histoires (Le héros aux milles visages de Joseph Campbell). Je ne parle pas des dizaines de sujets les plus divers que j’ai pu aborder en construisant ces histoires.
Parce qu’il est un loisir d’échange social et de discussion entre êtres humains, pouvant toucher à n’importe quelle question, le jeu de rôle est une porte formidable vers la culture, en particulier vers des sujets que nous n’aurions jamais rencontrés sans lui.

De plus, le jeu de rôle m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais croisé sans cela. Je viens d’un milieu intellectuel et j’ai fait mes études dans des cercles sociaux peu ouverts aux autres (mais quel milieu social l’est vraiment ?). Le jeu de rôle est un loisir très peu coûteux – 40 euros suffisent comme un investissement pour plusieurs années de jeu (concrètement: un livre de règles de jeu de rôle et quelques dés), comparez cela au coût de n’importe quel autre sport ou loisir. Pas besoin d’être riche ou d’avoir eu les bons réseaux pour faire du jeu de rôle. Cette grande accessibilité du jeu rôle m’a permis de rencontrer des gens de toutes origines sociales. Cela m’a ouvert et m’a enrichi.

Enfin, le jeu de rôle m’a appris à prendre la parole facilement. Le jeu de rôle est un jeu de parole et de coopération avant tout. Il faut pouvoir discuter, écouter, convaincre, utiliser son imagination et prendre des décisions rapidement. Le jeu de rôle m’a appris à prendre la parole facilement et à ne pas craindre de faire valoir mon avis. Le jeu de rôle est le seul loisir dans lequel on bénéficie d’une telle liberté et où on puisse ainsi développer aussi largement sa créativité. C’est un média qui nous pousse à forger nos opinions plutôt qu’à accepter passivement celles qu’on nous apporte.

Le jeu de rôle est donc un loisir formateur et libérateur qui continue de se développer et de s’épanouir – le mouvement des jeux de rôle indépendants en particulier explore pleinement ce potentiel exceptionnel. J’espère donc que la pratique du jeu de rôle se répandra, sortira de son milieu confidentiel et que bien d’autres personnes en profiteront et y apporteront leur énergie et leur créativité !

Conseil aux concepteurs de jeu: Jouez à des TAS de jeux !

Ha et un conseil donné par l’éminent John Wick (merci Guillaume !), auteur notamment pour L5R, aux concepteurs de jeux: jouez à des tas de jeux ! (« Play lots of games !) au début de cette vidéo.

Traduction personnelle  de la partie de la vidéo qui nous intéresse:

« J’aimerais vous donner le plus important des conseils pour tous les créateurs de jeu, que ce soit des jeux de rôles, des jeux de cartes, etc.  Le voici: jouez à des tas de jeux ! Je connais trop de gens, trop de joueurs qui ont quinze étagères de leur jeu de rôle préféré qui dort et ils n’ont jamais joué qu’à ça ! Oui, ils ont d’autres jeux mais ils n’ont jamais joué qu’à ce jeu. La chose la plus importante que vous puissiez faire comme concepteur de jeu – écoutez-moi bien ! écoutez-moi bien ! – la chose la plus importante que vous puissiez faire c’est de mettre de côté votre jeu préféré et commencer à jouer à d’autres jeux. Mettez de côté tous vos bouquins de Vampire, tous vos bouquins de d20, mettez de côté votre jeu préféré, sortez de chez vous et jouez à quelque chose de différent !

Si vous ne faites pas, vous ne verrez jamais l’immense expansion des théories rôlistes là-dehors. Bien sûr, vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ce que racontent les gens sur The Forge ou ce qu’ils racontent sur Storygames, vous avez le droit de penser que les gens de RPG.net sont un tas de… bref. Mais si vous ne jouez pas aux jeux auxquels ils jouent vous ne saurez pas pourquoi ils les aiment. Et vous savez quoi ? Ils ont peut-être raison ! Ils sont peut-être en train de jouer au plus formidable jeu auquel ils ont jamais joué, et peut-être même le plus formidable jeu auquel vous aurez jamais joué, mais vous ne le saurez jamais parce que vous jouez toujours et encore au même jeu !

Jouez à des jeux, jouez à des tas de jeux. »

Je partage pleinement ce conseil. Je ne saurai jamais vous pousser suffisamment à la curiosité et à la découverte, en particulier des jeux forgéens. silentdrift est fait pour ça. Pour les Parisiens, l’Atelier du JdR se tient régulièrement exactement pour vous donnez l’occasion de tester ces jeux, en particulier si vous n’êtes pas anglophones. Si vous ne prenez pas de risque, si vous n’expérimentez pas ce qui se fait ailleurs, vous pourriez passer à côté des plus extraordinaires expériences de jeux possibles et ne jamais le savoir.

Jouez à des tas de jeux.